De Kaboul à San Francisco, des années 70 à nos jours, une déchirante histoire d'amitié et de trahison, avec, en arrière-plan, la chronique tourmentée d'un pays dévasté : l'Afghanistan. Bien que frères de lait, Amir et Hassan ont grandi dans des mondes différents : le premier est le fils d'un riche commerçant, le second est le fils de leur serviteur. Inséparables, liés par une même passion, les deux garçons se vouent une amitié indéfectible. Mais ce lien va se briser à jamais. Alors que sous ses yeux Hassan subit une véritable ignominie, Amir reste pétrifié. Peur ? Lâcheté ? Honte ? Pris dans une terrible confusion des sentiments, il n'esquissera pas un geste pour sauver son ami. Eté 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. Il existe un moyen de te racheter, lui annonce une voix au téléphone. Mais ce moyen passe par une plongée au c½ur de l'Afghanistan des talibans... et de son propre passé.
EXTRAIT
"Enfants, Hassan et moi grimpions aux peupliers de l'allée qui menait à la maison de mon père et, munis d'un fragment de miroir, nous ennuyions nos voisins en réfléchissant sur eux la lumière du soleil. Assis l'un en face de l'autre sur de hautes branches, les pieds nus ballant dans le vide et les poches remplies de mûres séchées et de noix, nous jouions à les éblouir chacun à notre tour, tout en mangeant nos fruits et en nous les lançant à la figure entre deux éclats de rire. Je revois encore Hassan, perché dans un arbre, et son visage presque parfaitement rond moucheté de taches lumineuses par le soleil qui perçait à travers le feuillage - un visage semblable à celui d'une poupée chinoise sculptée dans du bois dur, avec un nez plat et large, et des yeux bridés étroits comme des feuilles de bambou qui, selon la lumière, paraissaient tantôt dorés, tantôt verts, tantôt même couleur saphir. Je me rappelle ses petites oreilles basses et son menton pointu, appendice de chair dont on eût dit qu'il avait été ajouté après réflexion. Et puis son bec-de-lièvre, légèrement décalé à gauche, comme si le burin du sculpteur avait dérapé ou que l'artiste, fatigué, eût prêté moins d'attention à son ouvrage.
Parfois, je persuadais Hassan de bombarder de noix le berger allemand borgne de notre voisin. Il s'y opposait systématiquement, mais quand j'insistais, quand j'insistais vraiment, il finissait par céder. Hassan me cédait toujours en tout. Et avec son lance-pierre, il était redoutable. Son père, Ali, se mettait en colère lorsqu'il nous surprenait - enfin, autant que le pouvait un homme d'une telle gentillesse. Il nous menaçait du doigt, nous faisait signe de redescendre et nous confisquait le miroir en nous répétant ce que sa mère lui assenait autrefois, à savoir que le diable aussi s'en servait pour aveugler les gens, en particulier les musulmans durant la prière.
- Et il rit en même temps, concluait-il avec un regard sévère à l'intention de son fils.
- Oui, père, marmonnait Hassan, les yeux baissés. Jamais il ne me dénonçait cependant."
MES IMPRESSIONS
Une vie dramatique, des existences émouvantes, dans un contexte historique proche rendent complètement crédible ce récit intense.
Ce roman est une redécouverte de l'Afghanistan (historique, cultuelle et culturelle) relatée avec sensibilité, du poids des traditions religieuses ou non (honneur, condition féminine et situation des minorités) de l'influence des choix de nos vies (entre la terrible culpabilité que l'on traîne, la reconstruction lente vers le rachat de l'estime de soi, etc...)
Une première partie sur les souvenirs d'enfance. Une deuxième, courageuse sur la rédemption au c½ur même d'un pays déchiré par l'extrémisme. Pour s'acheminer sur une fin ouverte au c½ur de l'espoir.
Car il s'agît bien de cela. Quoiqu'il arrive, nous pouvons réellement rester honorables, devenir humbles et meilleurs chaque jour, afin de construire un monde meilleur autour de nous.
Un ouvrage à lire sans modération afin d'humidifier les jolis noenoeils...

