LA GRAND MERE DE JADE - FREDERIQUE DEGHELT

LA GRAND MERE DE JADE - FREDERIQUE DEGHELT
QUATRIEME DE COUVERTURE
J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en n'a jamais rien su pendant toute notre vie commune. Jade eut l'impression que Mamoune lui assénait cette révélation comme si elle avait fait le trottoir, transformant la lecture en une activité inavouable.

EXTRAIT
« Ceux qui écrivent ont une façon si particulière de porter leurs yeux sur ce que nous ne saurions voir. Je suis une lectrice. Je ne serai jamais capable d'écrire le moindre texte, mais quand je lis le roman d'un écrivain, je suis toujours frappée de ce regard singulier : cette façon de saisir la banalité et d'en rendre compte sous un angle insolite, cet art de tisser un lien entre des choses qui n'ont pas l'air d'en avoir. (...) Et si je n'écris pas de roman, mon imagination récrit ceux que j'ai aimés avec un amour respectueux. La part de rêve que m'offre la lecture me révèle une réalité, la mienne. Je ne sais pas ce que trouve l'auteur en écrivant, mais je devine dans ce qu'il tait une réserve où puiser mes plus belles rencontres avec ce que j'ignore de moi-même. »

MES IMPRESSIONS
Ce roman fait partie des ouvrages qui m'ont le plus touché. L'auteur écrit un récit à deux voies avec un style très simple d'une grande douceur poétique et aborde la fraîcheur de l'esprit malgré le grand âge. C'est un éloge à la saveur des mots, le pouvoir de ceux-ci, la séduction des écrits, la passion de la lecture et de l'écriture.
Ce récit nous libère deux portraits de femmes intègres et attentives de l'autre malgré les nombreuses années qui les séparent. Une rencontre tendre et une relation précieuse entre une grand-mère (passionnée de lecture) et sa petite-fille (qui rêve de devenir écrivain) dans des mondes que tout oppose.
Puis, une harmonie fusionnelle s'installe rapidement, les regards se croisent et se comprennent. Les deux femmes peuvent apporter à l'autre, partager leur propre expérience de la vie et laissent entrevoir la part « d'insoupçonnable à découvrir » et la passion commune inopinée vient à apparaître car une nouvelle rencontre parvient pour chacune.
Ce roman murmure à l'oreille, chuchote de la plus belle manière qui soit, marche sur la pointe des pieds entre ces deux vies de femmes simples et bouleversantes à la fois, et me donne l'envie de reprendre l'écriture... Quand à la fin...On ne peut la percevoir. Elle est saisissante à en pleurer, parce qu'avant, leur vie était trop simple, trop teintée de solitude et de banalité, et qu'il suffisait simplement de s'ouvrir vers l'autre. Et l'amour apparaît à ceux qui s'ouvrent...

# Posté le jeudi 20 août 2009 01:55

Modifié le jeudi 01 octobre 2009 06:00

FIGHT CLUB – CHUCK PALAHNIUK

FIGHT CLUB – CHUCK PALAHNIUK
QUATRIEME DE COUVERTURE
Un jeune cadre conte ses errances d'avion en avion, sa vie passée à ausculter des carcasses de voitures pour le compte d'un constructeur automobile. Bien qu'en bonne santé, l'homme participe à divers groupes thérapeutiques, s'y repaît du malheur des autres et y retrouve le sommeil... jusqu'à sa rencontre avec Marla, une sadomasochiste qui pratique la même imposture. Plus bouleversante encore sera sa confrontation avec Tyler Durden, l'inventeur des fight clubs, ces lieux où de jeunes américains biens nés se battent à mains nues jusqu'à l'épuisement. Peut-être pour donner un sens à leur vie. Peut-être parce que dans ce chaos consumériste qui sert de monde, "la douleur est la vérité, l'unique vérité". Mais pour Durden, il faut aller beaucoup plus loin...

EXTRAITS IMPORTANTS
1-"Souvenez-vous ceci, dit Tyler, nous les gens que vous essayez de piétiner, nous sommes tous ceux dont vous dépendez. Nous sommes ceux-là même qui vous blanchissent votre linge, vous préparent votre nourriture, vous servent à dîner. Nous faisons votre lit. Nous veillons sur vous pendant que vous dormez. Nous conduisons les ambulances. Nous vous donnons vos correspondances au téléphone. Nous sommes cuisiniers et chauffeurs de taxi, et savons tout de vous. Nous traitons vos demandes d'indemnisation d'assurance et vos paiements par carte de crédit. Nous sommes aux commandes de la plus petite parcelle de vos existences."
2-"Nous n'avons pas de grande guerre dans notre génération, ni de grande dépression, mais si, pourtant, nous avons bien une grande guerre de l'esprit. Nous avons une grande révolution contre la culture. La grande dépression, c'est nos existences. Nous avons une grande dépression spirituelle."


MES IMPRESSIONS
L'adaptation est un de mes films cultes. Je retrouve cet univers dans l'ouvrage et j'apprécie beaucoup. Le gros problème est que je ne peux mettre mon avis puisque Tyler Durden a bien dit que
« La première règle du fight club, c'est qu'on ne parle pas du fight club. »

Je vous conseille de voir le film, mon avis est ici



# Posté le vendredi 21 août 2009 03:08

Modifié le jeudi 01 octobre 2009 06:01

LE SOLEIL DES SCORTA - LAURENT GAUDE

LE SOLEIL DES SCORTA - LAURENT GAUDE
QUATRIEME DE COUVERTURE
Parce qu'un viol a fondé leur lignée, les Scorta sont nés dans l'opprobre. A Montepuccio, leur petit village d'Italie du sud, ils vivent pauvrement, et ne mourront pas riches. Mais ils ont fait v½u de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. Et en dehors du modeste bureau de tabac familial, créé avec ce qu'ils appellent “l'argent de New York”, leur richesse est aussi immatérielle qu'une expérience, un souvenir, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie. Ou encore un secret. Comme celui que la vieille Carmela – dont la voix se noue ici à la chronique objective des événements – confie à son contemporain, l'ancien curé de Montepuccio, par crainte que les mots ne viennent très vite à lui manquer.
Roman solaire, profondément humaniste, le nouveau livre de Laurent Gaudé met en scène, de 1870 à nos jours, l'existence de cette famille des Pouilles à laquelle chaque génération, chaque individualité, tente d'apporter, au gré de son propre destin, la fierté d'être un Scorta, et la révélation du bonheur.

EXTRAIT Pour ceux qui aiment lire ;-)
"La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s'était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d'août pesait sur le massif du Gargano* avec l'assurance d'un seigneur. Il était impossible de croire qu'en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. Que de l'eau ait irrigué les champs et abreuvé les oliviers. Impossible de croire qu'une vie animale ou végétale ait pu trouver – sous ce ciel sec – de quoi se nourrir. Il était deux heures de l'après-midi, et la terre était condamnée à brûler.



Sur un chemin de poussière, un âne avançait lentement. Il suivait chaque courbe de la route, avec résignation. Rien ne venait à bout de son obstination. Ni l'air brûlant qu'il respirait. Ni les rocailles pointues sur lesquelles ses sabots s'abîmaient. Il avançait. Et son cavalier semblait une ombre condamnée à un châtiment antique. L'homme ne bougeait pas. Hébété de chaleur. Laissant à sa monture le soin de les porter tous deux au bout de cette route. La bête s'acquittait de sa tâche avec une volonté sourde qui défiait le jour. Lentement, mètre après mètre, sans avoir la force de presser jamais le pas, l'âne engloutissait les kilomètres. Et le cavalier murmurait entre ses dents des mots qui s'évaporaient dans la chaleur. “Rien ne viendra à bout de moi... Le soleil peut bien tuer tous les lézards des collines, je tiendrai. Il y a trop longtemps que j'attends... La terre peut siffler et mes cheveux s'enflammer, je suis en route et j'irai jusqu'au bout.”
Les heures passèrent ainsi, dans une fournaise qui abolissait les couleurs. Enfin, au détour d'un virage, la mer fut en vue. “Nous voilà au bout du monde, pensa l'homme. Je rêve depuis quinze ans à cet instant.”
La mer était là. Comme une flaque immobile qui ne servait qu'à réfléchir la puissance du soleil. Le chemin n'avait traversé aucun hameau, croisé aucune autre route, il s'enfonçait toujours plus avant dans les terres. L'apparition de cette mer immobile, brillante de chaleur, imposait la certitude que le chemin ne menait nulle part. Mais l'âne continuait. Il était prêt à s'enfoncer dans les eaux, de ce même pas lent et décidé si son maître le lui demandait. Le cavalier ne bougeait pas. Un vertige l'avait saisi. Il s'était peut-être trompé. A perte de vue, il n'y avait que collines et mer enchevêtrées. “J'ai pris la mauvaise route, pensa-t-il. Je devrais déjà apercevoir le village. A moins qu'il n'ait reculé. Oui. Il a dû sentir ma venue et a reculé jusque dans la mer pour que je ne l'atteigne pas. Je plongerai dans les flots mais je ne céderai pas. Jusqu'au bout. J'avance. Et je veux ma vengeance.”
L'âne atteignit le sommet de ce qui semblait être la dernière colline du monde. C'est alors qu'ils virent Montepuccio. L'homme sourit. Le village s'offrait au regard dans sa totalité. Un petit village blanc, de maisons serrées les unes contre les autres, sur un haut promontoire qui dominait le calme profond des eaux. Cette présence humaine, dans un paysage si désertique, dut sembler bien comique à l'âne, mais il ne rit pas et continua sa route.
Lorsqu'il atteignit les premières maisons du village, l'homme murmura : “Si un seul d'entre eux est là et m'empêche de passer, je l'écrase du poing.” Il observait avec minutie chaque coin de rue. Mais il se rassura rapidement. Il avait fait le bon choix. A cette heure de l'après-midi, le village était plongé dans la mort. Les rues étaient désertes. Les volets fermés. Les chiens même s'étaient volatilisés. C'était l'heure de la sieste et la terre aurait pu trembler, personne ne se serait aventuré dehors. Une légende courait dans le village qu'à cette heure, un jour, un homme remonté un peu tard des champs avait traversé la place centrale. Le temps qu'il atteigne l'ombre des maisons, le soleil l'avait rendu fou. Comme si les rayons lui avaient brûlé le crâne. Tout le monde, à Montepuccio, croyait en cette histoire. La place était petite mais à cette heure, tenter de la traverser, c'était se condamner à mort.
L'âne et son cavalier remontaient lentement ce qui était encore, en cette année 1875, la via Nuova – et qui deviendrait plus tard le corso Garibaldi. Le cavalier, manifestement, savait où il allait. Personne ne le vit. Il ne croisa même pas un de ces chats maigres qui pullulent dans les immondices des caniveaux. Il ne chercha pas à mettre son âne à l'ombre, ni à s'asseoir sur un banc. Il avançait. Et son obstination devenait terrifiante.
“Rien n'a changé ici, murmura-t-il. Mêmes rues pouilleuses. Mêmes façades sales.”
C'est à ce moment-là que le père Zampanelli le vit. Le curé de Montepuccio, que tout le monde appelait don Giorgio, avait oublié son livre de prières dans le petit carré de terre contigu à l'église qui lui servait de potager. Il y avait travaillé deux heures le matin et l'idée venait de naître en lui que c'était là, bien sûr, sur la chaise en bois, près de la cabane à outils, qu'il avait posé le livre. Il était sorti comme on sort durant un orage, le corps recroquevillé, les yeux plissés, se promettant de faire le plus vite possible pour ne pas trop exposer sa carcasse à la chaleur qui rend fou. C'est là qu'il vit l'âne et son cavalier passer sur la via Nuova. Don Giorgio marqua un temps d'arrêt et, instinctivement, il se signa. Puis il retourna se protéger du soleil derrière les lourdes portes en bois de son église. Le plus étonnant ne fut pas qu'il ne pensa pas à donner l'alarme, ou à héler l'inconnu pour savoir qui il était et ce qu'il voulait (les voyageurs étaient rares et don Giorgio connaissait chaque habitant par son prénom), mais que, revenu dans sa cellule, il n'y pensa même plus. Il se coucha et sombra dans le sommeil sans rêve des siestes d'été. Il s'était signé devant ce cavalier comme pour effacer une vision. Don Giorgio n'avait pas reconnu Luciano Mascalzone. Comment l'aurait-il pu ? L'homme n'avait plus rien de ce qu'il avait été. Il avait une quarantaine d'années mais ses joues étaient creuses comme celles d'un vieillard.
Luciano Mascalzone déambula dans les rues étroites du vieux village endormi. “Il m'a fallu du temps mais je reviens. Je suis là. Vous ne le savez pas encore puisque vous dormez. Je longe la façade de vos maisons. Je passe sous vos fenêtres. Vous ne vous doutez de rien. Je suis là et je viens chercher mon dû.” Il déambula jusqu'à ce que son âne s'arrête. D'un coup. Comme si la vieille bête avait toujours su que c'était ici qu'elle devait aller, que c'était ici que prenait fin sa lutte contre le feu du soleil. Elle s'arrêta net devant la maison des Biscotti et ne bougea plus. L'homme sauta à terre avec une étrange souplesse et frappa à la porte. “Je suis là à nouveau, pensa-t-il. Quinze ans viennent de s'effacer.” Un temps infini s'écoula. Luciano pensa frapper une seconde fois mais la porte s'ouvrit doucement. Une femme d'une quarantaine d'années était devant lui. En robe de chambre. Elle le dévisagea longtemps, sans rien dire. Aucune expression ne parcourait son visage. Ni peur, ni joie, ni surprise. Elle le fixait dans les yeux comme pour prendre la mesure de ce qui allait advenir. Luciano ne bougeait pas. Il semblait attendre un signe de la femme, un geste, un froncement de sourcil. Il attendait. Il attendait et son corps s'était raidi. “Si elle fait mine de refermer, pensa-t-il, si elle n'esquisse qu'un seul petit geste de repli, je bondis, je défonce la porte et je la viole.” Il la mangeait des yeux, à l'affût du moindre signe qui rompe cet état de silence. “Elle est encore plus belle que ce que j'avais imaginé. Je ne mourrai pas pour rien aujourd'hui.” Il devinait son corps sous la robe de chambre, et cela faisait croître en lui un appétit violent. Elle ne disait rien. Elle laissait le passé remonter à la surface de sa mémoire. Elle avait reconnu l'homme qui se tenait devant elle. Sa présence ici, sur le pas de sa porte, était une énigme qu'elle n'essayait même pas de démêler. Elle laissait simplement le passé l'envahir à nouveau. Luciano Mascalzone. C'était bien lui. Quinze ans plus tard. Elle l'observait sans haine ni amour. Elle l'observait comme on fixe le destin dans les yeux. Elle lui appartenait déjà. Il n'y avait pas à lutter. Elle lui appartenait. Puisque après quinze ans il était revenu et avait frappé à sa porte, peu importe ce qu'il lui demanderait, elle donnerait. Elle consentirait, là, sur le pas de sa porte, elle consentirait à tout."


MES IMPRESSIONS
Une écriture simple, efficace, inondée de soleil, qui nous entraîne dans la misère du Sud de l'Italie, dans sa richesse, dans ses m½urs et dans la folie générationnelle d'une famille. Ce roman découvre leurs passionnelles exagérations (très latines), leurs sensuels et violents appétits et leurs souffrances intérieures.
C'est aussi un récit qui nous conte la relation à la vie ; ce qui doit être transmit au-delà de la fierté, l'importance de la destinée, les rêves...
La description du Sud de l'Italie est superbement menée. Le passage sur l'éternité de l'huile d'olives en relation avec celles des hommes est excellent.
De beaux messages sont parsemés çà et là, au fil des pages. Il faut se battre pour vivre. Nous pouvons changer la destinée héréditaire (le libre arbitre), la vie est faite de frustrations, de déception, de malheur, mais elle regorge de beauté, de tendresse, de compassion, d'amour, selon le regard que l'on porte.
Et nous serons tous face à nous même, le jour de notre mort.

Un très bel ouvrage...

# Posté le dimanche 16 août 2009 02:00

Modifié le jeudi 01 octobre 2009 06:02

LA MORT DU ROI TSONGOR - LAURENT GAUDE

LA MORT DU ROI TSONGOR - LAURENT GAUDE
QUATRIEME DE COUVERTURE
Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s'éteint; son plus jeune fils s'en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l'image de ce que fut le vénéré et aussi le haïssable roi Tsongor.
Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l'insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s'accomplir, de quelque manière, l'apprentissage de la honte.

EXTRAIT copyright actes-sud
D'ordinaire, Katabolonga était le premier à se lever dans le palais. Il arpentait les couloirs vides tandis qu'au-dehors la nuit pesait encore de tout son poids sur les collines. Pas un bruit n'accompagnait sa marche. Il avançait sans croiser personne, de sa chambre à la salle du tabouret d'or. Sa silhouette était celle d'un être vaporeux qui glissait le long des murs. C'était ainsi. Il s'acquittait de sa tâche, en silence, avant que le jour ne se lève.
Mais ce matin-là, il n'était pas seul. Ce matin-là, une agitation fiévreuse régnait dans les couloirs. Des dizaines et des dizaines d'ouvriers et de porteurs allaient et venaient avec précaution, parlant à voix basse pour ne réveiller personne. C'était comme un grand navire de contrebandiers qui déchargeait sa cargaison dans le secret de la nuit. Tout le monde s'affairait en silence. Au palais de Massaba, il n'y avait pas eu de nuit. Le travail n'avait pas cessé.


Depuis plusieurs semaines, Massaba était devenue le c½ur anxieux d'une activité de fourmis. Le roi Tsongor allait marier sa fille avec le prince des terres du sel. Des caravanes entières venaient des contrées les plus éloignées pour apporter épices, bétail et tissus. Des architectes avaient été diligentés pour élargir la grande place qui s'étendait devant la porte du palais. Chaque fontaine avait été décorée. De longues colonnes marchandes venaient apporter des sacs innombrables de fleurs. Massaba vivait à un rythme qu'elle n'avait jamais connu. Au fil des jours, sa population avait grossi. Des milliers de tentes, maintenant, se tenaient serrées le long des remparts, dessinant d'immenses faubourgs de tissu multicolores où se mêlaient le cri des enfants qui jouaient dans le sable et les braiements du bétail. Des nomades étaient venus de loin pour être présents en ce jour. Il en arrivait de partout. Ils venaient voir Massaba. Ils venaient assister aux noces de Samilia, la fille du roi Tsongor.

Depuis des semaines, chaque habitant de Massaba, chaque nomade avait déposé, sur la place principale, son offrande à la future mariée. C'était un gigantesque amas de fleurs, d'amulettes, de sacs de céréales et de jarres de vin. C'était une montagne de tissus et de statues sacrées. Chacun voulait offrir à la fille du roi Tsongor un gage d'admiration et une prière de bénédiction.

Or, en cette nuit-là, les serviteurs du palais avaient été chargés de vider la place de toutes ces offrandes. Il ne devait plus rien rester. Le vieux roi de Massaba voulait que l'esplanade soit décorée et resplendissante. Que tout son parvis soit jonché de roses. Que sa garde d'honneur y prenne place en habit d'apparat. Le prince Kouame allait envoyer ses ambassadeurs, pour déposer aux pieds du roi les présents qu'il offrait. C'était le début de la cérémonie nuptiale, la journée des présents. Tout devait être prêt.


MES IMPRESSIONS
Superbe histoire contée à la manière des griots Maliens. Elle fait complètement voyager à qui veut bien se laisser aller. Le style est simple (écriture primitive, phrases courtes qui captivent comme un chant mélodieux, une éloge à la sagesse). Dans cette dramatique découverte de 6 chapitres passionnants, on tourne les pages sans temps morts et on y trouve l'aspect sanguinaire de l'homme (tribus étranges).

L'auteur nous mène vers une réflexion profonde sur la nature de l'homme (ses incertitudes, ses infidélités, ses craintes, ses penchants guerriers) grâce aux différents personnages. Mais aussi, nous décrit les différents visages d'un seul homme (et sa part d'ombre), la rédemption de ce roi par son plus jeune fils (transmission de la vie, voire de la sagesse), le repentir d'avoir conduit sa propre vie royale par le désir saignant, le rude pouvoir et la haine cruelle.
Paradoxalement, on en sort émerveillé (recherche de la vérité de Souba) et dégouté de l'instinctive masculinité qui en découle).

Merci à la-lune-et-le-miroir.

# Posté le jeudi 16 juillet 2009 06:14

Modifié le jeudi 01 octobre 2009 05:51