LES AMOURS INTERDITES – YUKIO MISHIMA

LES AMOURS INTERDITES – YUKIO MISHIMA
QUATRIEME DE COUVERTURE
Un vieil écrivain, Shunsuké, est fasciné par la beauté exceptionnelle de Yûichi, un jeune homosexuel. Shunsuké, dont l'œuvre est connue, mais déjà achevée, a consacré toute sa vie à l'esprit et à la création. En Yûichi, c'est la liberté du corps, l'esthétique réduite à sa pure apparence physique et à la jouissance immédiate, que le romancier découvre. Yûichi, conscient de sa sexualité, hésite à épouser Yasuko, dont l'écrivain est amoureux. Il se confie au vieillard qui, au terme d'un pacte diabolique, l'incite à se marier. Shunsuké pourra dès lors manipuler le jeune homme comme une marionnette, comme un personnage incarné d'un roman qu'il n'écrira jamais. Sa misogynie déclarée, sa rancœur à l'égard des femmes qui l'ont fait souffrir durant toute sa vie trouvent ainsi un cruel assouvissement. Mais c'est compter sans l'intervention d'autres manipulateurs et surtout croire qu'il peut lui-même échapper à la séduction de Yûichi.

EXTRAITS
« Dans le monde de la réalité, il n'y a qu'une accumulation hétérogène d'êtres humains, d'hommes, de femmes, d'amants, de familles... Mais le monde de l'expression est symbolisé par l'humanité, la virilité, la féminité, ce qui rend un amant digne de l'être, ce qui constitue l'essence d'une famille... »
« Lorsqu'il avait vu émerger entre les vagues un jeune homme pourvu de tout ce qui avait été interdit à sa propre jeunesse, un beau garçon qui n'aimait pas du tout les femmes, Shunsuké Hinoki avait constaté que le moule de sa jeunesse malheureuse avait laissé apparaître une surprenante statue. S'incarnant dans ce jeune homme à la chair marmoréenne, la jeunesse de Shunsuké avait aussitôt perdu toute crainte envers la vie. [...] Shunsuké avait alors tenté de créer une œuvre d'art idéale, telle que, de toute sa vie, il n'avait pu en concevoir. Une oeuvre d'art, suprêmement paradoxale, défiant l'esprit au moyen du corps et défiant l'art au moyen de la vie. »


MES IMPRESSIONS
En cours de lecture (45/495 pages).

# Posté le jeudi 12 novembre 2009 04:08

DANS LA NUIT MOZAMBIQUE – LAURENT GAUDE

DANS LA NUIT MOZAMBIQUE – LAURENT GAUDE
QUATRIEME DE COUVERTURE
C'est par la traque puis la vengeance d'un fugitif que débute ce recueil de récits, et c'est dans l'énigme d'un meurtre inexpliqué qu'il se referme. Comme si une part de la vérité du monde - la plus inhumaine, celle qui stigmatise l'histoire intime ou collective -devait à jamais défier notre raison. De toutes époques et de tous lieux, les personnages de ce livre ont cette expérience en partage, qu'ils assument dans la proximité de la mort. Désespérés ou lucides, ils revisitent leurs illusions, admettent leurs fautes ou retiennent un instant encore les ultimes bonheurs de l'existence. Animé d'une empathie et d'une oralité puissantes, ce volume composé entre 2000 et 2007, marqué par les thèmes de Cris, de La Mort du roi Tsongor, du Soleil des Scorta ou d'Eldorado, a grandi dans les interstices d'une œuvre romanesque désormais traduite et lue dans le monde entier.

EXTRAIT
"Vous me dévisagez. Vous avez peur. J'ai quelque chose de fiévreux dans le teint qui vous inquiète. Je souris. Je tremble. Un homme brûlé, pensez-vous. Je ne lève pas les yeux. Je sursaute souvent, au moindre bruit, au moindre geste. Je suis occupé à lutter contre des choses que vous ne voyez pas, que vous seriez même incapables d'imaginer. Vous me plaignez, et vous avez raison. Mais je n'ai pas toujours été ainsi. Je fus un homme autrefois.
Aujourd'hui que j'y repense – malgré les années qui ont passé, malgré mon esprit rongé par les cauchemars et les peurs vénéneuses, malgré cette méfiance dévorante qui me fait fuir la compagnie des hommes –, aujourd'hui, je sais que c'est ce jour où nous avons commencé à devenir fous, sans même nous en apercevoir. Nous sommes entrés dans une nuit qui allait nous emporter les uns après les autres, et depuis ce jour, je m'en rends compte maintenant, même si mon esprit est troublé – ils le disent tous, ceux que je croise dans les rues et qui parlent à mon passage –, depuis ce jour, oui, la vie ricane dans mon dos. Elle me tord, m'inquiète et me prive de sommeil. Je ne suis plus ce que j'étais. "


MES IMPRESSIONS
Un beau recueil de 4 nouvelles...
« Sang négrier » est une histoire autour de la traite des Noirs, la misère, la terreur et la folie humaine. Comme un rappel à « Eldorado ».
« Gramercy Park Hotel » est l'histoire d'un vieil homme, à New York qui se fait agressé et se trouve réveillé par ses souvenirs. Ses pensées prennent le large vers l'amour et la poésie.
« Colonel Barbaque », nous projette pendant la Première Guerre mondiale en Afrique, où un homme a sombré dans la folie après avoir trop vu d'horreur (référence à l'ouvrage « Cris »)
« Dans la nuit Mozambique », c'est la mémoire qui nous est contée, c'est aussi le rêve, le voyage, le regret...

L'auteur possède une écriture sensible et rythmée qui chuchote l'humanité, le voyage et l'immigration à l'oreille.

# Posté le dimanche 08 novembre 2009 02:22

Modifié le lundi 09 novembre 2009 02:47

LE LISEUR - BERNHARD SCHLINK

LE LISEUR - BERNHARD SCHLINK
QUATRIEME DE COUVERTURE (écourté)
À l'âge de 15 ans, Michaël découvre l'amour dans les bras d'Hanna, une voisine de 20 ans son aînée ; pendant 6 mois, il la rejoint tous les jours et partage avec elle plaisirs de la chair et moments de lecture. Mais sa maîtresse disparaît un jour mystérieusement.

EXTRAIT
" Des années plus tard, je m'avisai que ce n'avait pas été simplement à cause de sa silhouette que je n'avais pu détacher mes yeux d'elle, mais à cause de ses attitudes et de ses gestes. Je demandai à mes amies d'enfiler des bas, mais je n'avais pas envie d'expliquer pourquoi, de raconter le face-à-face entre cuisine et entrée. On croyait donc que je voulais des jarretelles et des dentelles et des fantaisies érotiques, et on me les servait en posant coquettement. Ce n'était pas cela dont je n'avais pu détacher les yeux. Il n'y avait eu chez elle aucune pose, aucune coquetterie. Et je ne me rappelle pas qu'il y en ait jamais eu. Je me rappelle que son corps, ses attitudes et ses mouvements donnaient parfois une impression de lourdeur. Non qu'elle fût lourde. On avait plutôt le sentiment qu'elle s'était comme retirée à l'intérieur de son corps, l'abandonnant à lui-même et à son propre rythme, que ne venait troubler nul ordre donné par la tête, et qu'elle avait oublié le monde extérieur. C'est cet oubli du monde qu'avaient exprimé ses attitudes et ses gestes pour enfiler ses bas. Mais là, cet oubli n'avait rien de lourd, il était fluide, gracieux, séduisant - d'une séduction qui n'est pas les seins, les fesses, les jambes, mais l'invitation à oublier le monde dans le corps. À l'époque, je ne savais pas cela - si du moins je le sais aujourd'hui, et ne suis pas en train de me le figurer. Mais en réfléchissant alors à ce qui m'avait tant excité, l'excitation revint. Pour résoudre l'énigme, je me remémorai le face-à-face, et le recul que j'avais pris en me faisant une énigme disparut. Je revis tout comme si j'y étais, et de nouveau je ne pouvais plus en détacher les yeux."

MES IMPRESSIONS
Cet ouvrage est puissant. Il est une superbe approche du côté humain de la monstruosité, de la terrible dualité des sentiments, de la tentative du pardon. L'ignorance provoque des émotions de compassion, malgré l'irréparable commis. Il est très difficile de juger tous les actes commis. Pendant cette lecture, j'ai ressenti comme un chantage sentimental contradictoire.
J'ai apprécié le fait qu'il ne porte aucun jugement, seulement des questionnements laissés en suspens comme des âmes entre deux mondes. Le fait est que l'horreur pourrait se cacher derrière l'apaisant visage de chacun de nous. Car l'horreur n'a pas de visage, elle est prête à se révéler en chaque être humain dans des circonstances tel qu'une guerre, un génocide ou l'ignorance.
Je ne pourrais en dire plus sans rentrer dans des commentaires qui révèleraient trop l'histoire. La honte laisse place à une démarche d'émancipation, une forme de rédemption personnelle pour survivre aux fantômes de notre mauvaise conscience.

Un ouvrage que je conseille à tous...car la philosophie et le droit se croisent entre ses pages.

# Posté le dimanche 08 novembre 2009 02:33

Modifié le jeudi 12 novembre 2009 02:16

LA CONFUSION DES SENTIMENTS – STEFAN ZWEIG

LA CONFUSION DES SENTIMENTS – STEFAN ZWEIG
QUATRIEME DE COUVERTURE
Au soir de sa vie, un vieux professeur se souvient de l'aventure qui, plus que les honneurs et la réussite de sa carrière, a marqué sa vie. A dix-neuf ans, il a été fascine par la personnalité d'un de ses professeurs ; l'admiration et la recherche inconsciente d'un Père font alors naître en lui un sentiment mêlé d'idolâtrie, de soumission et d'un amour presque morbide. Freud a salué la finesse et la vérité avec laquelle l'auteur d'Amok et du Joueur d'Echecs restituait le trouble d'une passion et le malaise qu'elle engendre chez celui qui en est l'objet.

« Rien ne trouble plus puissamment quelqu'un
que la réalisation subite de son ardent désir »

MES IMPRESSIONS
Un ouvrage bref et profond avec une finesse de style, « La confusion des sentiments » porte admirablement cette œuvre émouvante sous la trame d'une relation triangulaire ambiguë. Car il s'agît bien d'une grande confusion des pulsions de l'être, l'ambiguïté d'un désir amical, la force destructrice de la passion, la complexité de la nature humaine...
Ce texte nous ouvre aux relations qui unissent le maître et l'élève, dans la transmission, derrière un secret qui ne sera révélé dans le noir dans les dernières pages. Dépeint avec pudeur, cette histoire d'un sentiment coupable nous mène vers la réflexion que le monde n'a pas beaucoup évolué depuis.
Un ouvrage passant de l'admiration et la fascination, à la colère, l'impuissance, le désespoir. Des sentiments qui peuvent dévoré notre âme au point de se perdre dans ce genre de relation, lorsque le désir de reconnaissance est trop fort. Finalement, la dualité de l'amour et la haine en fait des sentiments complémentaires.

J'apprécie vraiment Zweig...

# Posté le jeudi 05 novembre 2009 00:21

Modifié le lundi 09 novembre 2009 01:05